La démission du Président de l’Université Lyon 2 Claude Journès, annoncée depuis un certain temps déjà, prendra effet au
Conseil d’Administration du vendredi 11 juillet. Pour la FSE, qui demande sa démission depuis un an et demi, il s’agit d’un événement important, et aussi d’une victoire politique qui témoigne
de réels succès dans la lutte que nous menons.
La situation récente
Il convient de bien mesurer la signification et l’impact de cet événement.
Depuis les élections étudiantes du 27 mars, qui ont placé la FSE en tête des organisations étudiantes loin devant l’UNEF, soutien universitaire de la présidence,
et les élections des enseignants et personnels du 8 avril, qui ont placé la liste « Perspectives » en minorité (parmi les enseignants : 6 sièges sur 14), Claude Journès est
désavoué de manière claire. Au cours des trois CA qui ont suivi (en moins d’un mois) le Président sortant a échoué dans sa tentative de constituer une majorité de gestion : sa liste
de « personnalités extérieures », dont le vote était indispensable au fonctionnement du CA, a été rejetée systématiquement. La CA était pour ainsi dire « bloqué », suspendu à
l’obstination à rester en poste de Claude Journès. Ce blocage administratif risquait d’avoir des conséquences dramatiques, telles que le non versement des salaires au personnel administratif et
enseignant, ou amener à une mise sous tutelle de Lyon 2 par le ministère.
Un petit quart des universités françaises connaissent la même situation de blocage administratif.
Pour sa part, la FSE s’est toujours opposée à ce que des patrons, ainsi nommés « personnalités extérieures » aient droit de cité dans les décisions prises
par une université. Ces listes de « personnalités extérieures », dans une logique clientéliste, conduisaient à fournir ces entreprises en chair fraîche de travailleurs, tout
spécialement formés à leurs besoins. La FSE a donc clairement exprimé sa position de rejeter toute liste de personnalités extérieures.
Face à cette situation de défiance, et face aux pressions mêmes de ses propres partisans, Claude Journès a donc fini par démissionner.
Le bilan de Claude Journès
Mais cette situation n’est pas, pour nous, le fruit du hasard. Claude Journès, qui est devenu la pierre d’achoppement de toutes les contradictions qui déchirent
l’université, a d’abord été l’exécutant zélé des réformes successives de casse du service public de l’enseignement supérieur. Il a été aussi l’instigateur d’un système répressif
particulièrement insupportable contre les opposants aux réformes, tout particulièrement parmi les étudiants.
La FSE demande sa démission depuis février 2007, date de la première intervention policière à l’université, qui a donné lieu au procès de trois militants. Ont
suivi :
-
la traduction en conseil de discipline de Samy Dichy, ancien élu au CA de Lyon II ainsi que de cinq autres personnes,
-
le fichage illégal pratiqué par l’administration,
-
le saccage de notre local syndical pendant le mouvement anti LRU,
-
l’intervention répétée et particulièrement violente des forces de l’ordre sur le campus pour écraser ce même mouvement,
-
lors de ces interventions, l’arrestation de plusieurs de nos militants.
Ont d’ailleurs été relaxés un de nos militants étudiant à Lyon II et un militant Sud Etudiant de Lyon III, jeudi 12 Juin. Il leur était reproché des actes de
violence contre les forces de l’ordre. Ils avaient été arrêtés pour fait de grève le 6 décembre sur le campus des quais.
Ce système allait de pair avec l’installation de vigiles en uniforme, de caméras de vidéosurveillance, et avec une délation systématique. L’ensemble de cette
politique avait été menée à l’instigation directe de Claude Journès.
Nous avons d’ailleurs remis le prix Orwell à Claude Journès, au nom de l’organisation Privacy International (http://www.privacyinternational.org/, http://bigbrotherawards.eu.org/) qui récompense personnalités,
collectivités, exerçant une répression et une politique sécuritaire pour avoir permis à une entrepris de mettre au point des produits de surveillance dans le cadre d’un laboratoire universitaire.
Claude Journès a accepté ce prix, mais la liste Perspectives, indignée, a causé une interruption de séance en quittant la salle.
La démission de Claude Journès est donc l’aboutissement de la lutte que nous avons menée, souvent seuls, pendant un an et demi. Elle montre que le rapport de force
est en train d’évoluer positivement dans notre université.
En ce qui concerne les candidats à la succession
Le Conseil d’Administration qui se tiendra vendredi aura donc pour principal objet l’élection d’un nouveau président de l’université. Les 22 élus du CA devront se
prononcer entre la candidate de la liste « Perspectives », Mme Brelot, qui incarne la continuité de la politique menée jusqu’ici, et le candidat de la liste Recherche, Enseignement et
Démocratie (RED), M. Christin.
Pour nous, il est bien sûr totalement exclu de porter nos suffrages sur la liste « Perspectives », qui signifierait la perpétuation de la situation
actuelle. Mais nous ne porterons pas non plus nos suffrages sur la liste « RED », qui ne s’est jusqu’ici distancée de « Perspectives » que sur sa droite, tout en se cachant
derrière un discours démocrate.
Pour les tenants de la liste RED, chaque faculté au sein de l'université devrait faire ce qu'elle veut dans son coin, dans un climat élitiste et de concurrence.
Dans une telle université les financeurs privés seraient seuls maîtres à bord.
Une université démocratique, nous sommes pour, mais nous, nous la voulons publique, gratuite, laïque, critique et populaire. La FSE a à porter les revendications et
les intérêts des travailleurs en formation que sont les étudiants, non à choisir à quelle sauce ceux-ci devront être mangés.
Nous verrons ce que fera, une fois élu, le successeur de Claude Journès pour rompre avec la politique menée jusqu’ici, puisque c’est là la volonté d’une majorité de
la communauté universitaire. Nous ne lui ferons absolument aucun cadeau, et nous continuerons de nous battre contre la privatisation de l’université, de nous battre
contre la répression des mouvements sociaux, de défendre les étudiants défavorisés.
En refusant de participer à un tel choix, nous garantissons notre totale indépendance dans les luttes à venir, et nous refusons de devenir le
« syndicat-maison » de quelque président que ce soit, comme le fut l’UNEF vis-à-vis de Claude Journès.
La Fédération Syndicale Etudiante - Lyon
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